Pourquoi est-ce que l’on devrait éviter certain trek en haute montagne?

Les hautes montagnes ont toujours attiré les randonneurs et les passionnés de notre communauté ne font pas exception. Cependant, avec les hautes montagnes vient la haute altitude (plus de 2500m), et elle s’accompagne de certains risques. Le principal étant le MAM (mal aigu des montagnes). Beaucoup de randonneurs en souffriront inutilement malheureusement.

Chaque année des randonneurs vont décéder de complications dû au MAM tel que l’OPHA (œdème pulmonaire de haute altitude). Souvent une conséquence d’un MAM non traité et du non-respect des protocoles d’ascension progressive.

Il est triste de voir encore en 2026 des gens de partout dans le monde qui n’adhèrent pas encore à ces protocoles malgré toute la science et les études qui viennent appuyer ceux-ci. Des milliers de randonneurs qui reçoivent des informations erronées et dont la vie est mise en danger. Le tout souvent pour des questions monétaires.

Je présente ici seulement les points les plus importants de l’étude. Vous pouvez consulter l’étude complète en suivant le lien en commentaires.

Lorsque que vous voyez ‘’commentaire’’, cela vient de moi et non de l’étude.

Introduction (traduction au français)

Le mont Aconcagua (6961 m), en Argentine, est le plus haut sommet des Amériques, et plus de 3000 alpinistes tentent son ascension chaque année. La popularité de cette montagne est probablement liée à sa voie normale non technique, qui la rend accessible à davantage d’alpinistes que plusieurs sommets de même altitude.

L’Aconcagua est administré par le Aconcagua Provincial Park, qui offre des services médicaux et effectue des contrôles médicaux à l’intérieur du parc. L’incidence du mal aigu des montagnes (MAM) y est estimée à 39 %, mais l’œdème pulmonaire de haute altitude (OPHA) demeure plus préoccupant puisqu’il constitue une cause fréquente d’évacuation médicale. En 2013, l’OPHA représentait la deuxième cause de mortalité sur l’Aconcagua après les traumatismes, étant responsable de 21,2 % des décès.

Les plans d’acclimatation sur l’Aconcagua varient énormément selon les grimpeurs autonomes et les compagnies de guides. Plusieurs arrivent à Mendoza (746 m) et y passent une ou deux nuits avant l’expédition. La plupart des groupes se déplacent ensuite vers Penitentes (2579 m), situé près de l’entrée du parc. Les grimpeurs passent ensuite généralement deux nuits au camp Confluencia (3400 m), incluant une randonnée d’acclimatation vers Plaza Francia (4200 m). Le camp suivant est Plaza de Mulas (4300 m). Il n’existe habituellement aucun camp intermédiaire entre Confluencia et Plaza de Mulas. Les compagnies de guides diffèrent quant au temps passé à 4300 m, variant souvent entre 4 et 6 nuits avant de monter plus haut.

Une particularité de l’ascension de l’Aconcagua est qu’au troisième jour, les grimpeurs marchent environ 8 heures dans une vallée sèche et poussiéreuse pour passer de 3400 à 4300 m. Cette augmentation de 900 m de l’altitude de couchage est presque le double de la hausse quotidienne généralement recommandée. Une augmentation de plus de 500 m peut toutefois demeurer acceptable si la moyenne n’excède pas 500 m par nuit et qu’une journée de repos est prévue tous les deux ou trois jours avant la tentative de sommet.

L’OPHA (œdème pulmonaire haute altitude) se manifeste classiquement par un essoufflement à l’effort, de la fatigue et de la toux. Lorsque l’œdème progresse, l’essoufflement survient même au repos et la toux peut devenir productive avec des sécrétions mousseuses rosées. Le principal mécanisme physiopathologique est une réponse vasculaire pulmonaire exagérée à l’hypoxie, entraînant une augmentation de la perméabilité capillaire et épithéliale.

L’Aconcagua constitue un environnement unique pour étudier les maladies d’altitude en raison du grand nombre de grimpeurs et du système obligatoire de contrôle médical. Les grimpeurs doivent être évalués médicalement à Confluencia (3400 m) et à Plaza de Mulas (4300 m) avant d’obtenir la permission de poursuivre vers des altitudes supérieures. À la connaissance des auteurs, l’Aconcagua est l’une des seules grandes montagnes à exiger une telle évaluation médicale systématique. Commentaire : contrairement à plusieurs montagnes très connues où les contrôles reviennent aux agences et aux guides et sont souvent absents, mal faits ou administrés par des gens sans formation de suivi médical de haute montagne.

Cette étude cherchait donc à mieux comprendre les caractéristiques des alpinistes ayant développé un OPHA sur l’Aconcagua et à déterminer s’il existait des différences par rapport aux grimpeurs demeurés en bonne santé.


Méthodes

Tous les alpinistes diagnostiqués avec un OPHA entre le 5 et le 24 janvier 2024 ont été interrogés à Plaza de Mulas (4300 m) concernant leurs caractéristiques démographiques, leur préparation, leur acclimatation et leur maladie.

Le diagnostic d’OPHA était posé par les médecins du service médical de l’Aconcagua selon les critères standards : crépitements pulmonaires, dyspnée et hypoxémie plus sévère qu’attendue pour cette altitude.

Les grimpeurs en bonne santé présents sur la montagne durant la même période ont également été sondés pour servir de groupe contrôle.


Discussion

Cette étude portant sur 17 alpinistes ayant développé un OPHA sur l’Aconcagua en janvier 2024 apporte plusieurs informations importantes pour la prévention des maladies d’altitude.

Vitesse d’ascension : commentaire : Ceci est un des points les plus importants lors d’une expédition en haute altitude.

Les grimpeurs ayant passé davantage de nuits au camp de base de Plaza de Mulas (4300 m) étaient moins susceptibles de développer un OPHA. Passer environ 5 nuits à cette altitude semblait protecteur comparativement à seulement 3,6 nuits.

Symptômes de MAM précédant l’OPHA

71% des patients atteints d’OPHA présentaient encore des symptômes de MAM avant l’apparition de leur œdème pulmonaire. Cette observation appuie les recommandations actuelles voulant qu’un grimpeur ne poursuive pas son ascension tant que les symptômes du MAM ne sont pas complètement résolus. Commentaire : ceci vient donner une explication concrète et médicalement prouvée que de poursuivre une ascension avec des symptômes du MAM peut mettre votre vie en danger. Ce qui ce produit sur une base régulière sur d’autres montagnes.

Symptômes de présentation de l’OPHA

Les symptômes les plus fréquents étaient :

  • l’hypoxie (71 %);
  • l’essoufflement (65 %);
  • la toux (53 %).

La saturation moyenne en oxygène était de 60 %, ce qui représente une valeur particulièrement inquiétante.

Altitude d’apparition de l’OPHA

L’OPHA apparaissait généralement autour de 5260 m après environ 8,6 jours passés au-dessus de 3000 m. Ces résultats soulignent l’importance d’une présence médicale non seulement aux camps de base, mais aussi aux camps plus élevés. Commentaire : On parle ici de 8,6 jours pour atteindre 5260m. Ont vous fait atteindre le sommet de certaines montagnes de moins de 6000m en moins de 7jrs. On comprends rapidement que les protocoles n’y sont pas respectés.

Évacuation par hélicoptère

Même si l’Aconcagua est considéré comme une montagne non technique, tous les patients atteints d’OPHA ont dû être évacués par hélicoptère. La descente à pied depuis Plaza de Mulas représente une longue marche de 24 km dans un environnement sec et rocheux, extrêmement exigeante même pour des grimpeurs en santé.

Conclusion

Cette étude confirme l’importance d’une acclimatation progressive adéquate dans la prévention des maladies d’altitude sur le mont Aconcagua. Passer environ cinq nuits au camp de 4300 m semblait réduire le risque d’OPHA. La persistance des symptômes du mal aigu des montagnes constitue également un signal d’alarme important pour la progression vers un OPHA.

Commentaire : Cette conclusion veut tout dire. Une acclimatation progressive n’est pas une option si vous voulez être en sécurité. Les règles d’or : Gain en altitude d’au maximum 400-500m par jour. Minimum de 2 nuits consécutives à la même altitude au-dessus de 3000m pour chaque plateau de 1000m. Se déplacer très lentement et boire entre 3-5L d’eau par jour par petites gorgées aux 15 minutes.

En cas de symptômes du MAM, vous devriez immédiatement arrêter votre ascension ou redescendre à une altitude plus basse et attendre qu’ils se résorbent. Évidemment s’assurer qu’une personne compétente en suivi médical de haute montagne s’occupe de vous. Si l’on n’ignore pas les symptômes et que l’on suit les directives. On pourra poursuivre avec prudence une fois les symptômes disparus, mais tenter de cacher et/ou ignorer notre condition peut dégénérer vers un OPHA et mettre votre vie en danger.

Le fameux Diamox ne devrait jamais être prit en prévention (sauf dans de rare cas avec suivi médical). La plupart des gens n’en auront pas besoin si l’on suit les protocoles. Cependant tout le monde réagit différemment à la haute altitude. Si on vous demande de prendre du Diamox dès le début de l’ascension, vous devriez vous poser de sérieuses questions sur le plan d’ascension qui ne respecte sûrement pas les protocoles d’une ascension progressive. Ce qui est le cas sur certaines montagnes très fréquentés.

La science ne ment pas! Vous devez assurer votre propre sécurité et ne pas croire automatiquement tout ce que l’on vous dit. Vous devez poser des questions. Si on ne vous répond pas ou si vous sentez une résistance…Vous devriez passer au prochain appel.

On entend souvent « s’ils font ça comme ça c’est que ça doit être ok… » On ne pourrait pas être plus loin de la vérité.

Le meilleur conseil que je peux vous donner est de vous informer et de poser des questions. Nous avons la chance au Québec d’avoir un expert de la haute altitude M. Emmanuel Daigle. Avant de partir, procurez vous son livre : Haute Altitude, du trek à l’expédition. Ou visiter le site de L’Académie de haute montagne : https://academiehautemontagne.com/

Je vous laisse avec une petite phrase que j’aime bien et que je garde toujours en tête : En montagne, si tu n’as pas de plaisir il y a un problème!

Bon trek à tous les passionnés et soyez prudents.

Eric La Violette

Dir. Gen. Passionnés de Rando

Suivi médical de haute montagne

Ref. :

Haute altitude : du trek à l’expédition, par Emmanuel Daigle.

Wilderness and Environmental Medicine : Characteristics of Climbers with High Altitude Pulmonary Edema on Mount Aconcagua